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samedi 13 mars 2010

Figure tordue

26 A bien y réfléchir...


Tout le monde a besoin de ronds

Notre fameux «big-bang» et son pendant, le «big crunch» seraient donc les deux faces d’un même événement explosif. Le premier fut si marquant qu’on en parle encore aujourd’hui, alors qu’il date de plusieurs milliards d’années. A côté, s’agissant des histoires de primates plus ou moins dégrossis qui nous tracassent d’ordinaire, on sent la petitesse. Même nos gravissimes problèmes actuels seront sans doute oubliés dans quelques millions d’années.
Par exemple, cette impossibilité prévisible, sur la planète entière, d’alimenter en suffisance, d’ici seulement quelques décennies — par conséquent à très court terme au regard des temps géologiques —, avec le liquide terrestre essentiel ou n’importe quelle forme d’énergie permettant au corps humain de se mouvoir afin d’exister, nos véhicules motorisés.
Bien que détonant, le phénomène du «big crunch» n’a rien d’étonnant. Dans certains domaines, on retrouve ce genre d’antipode. Pensons à la matière et l’antimatière, la particule et l’antiparticule, l’atome et l’antiatome, le moine et l’antimoine… Sans négliger pour autant, le temps et le contretemps (qui semble induire les invraisemblances facétieuses de la mécanique quantique).
Cet aspect «double» des choses n’est donc pas unique. On l’observe même chez les buveurs de scotch, après leurs nombreuses commandes utilisant ce terme, et qui voient ainsi.
Ajoutons aussi l’éminent corollaire découvert par les savants grecs de l’antiquité, qui proclame: toute chose coupée entièrement forme deux morceaux. Avancée décisive de la connaissance : axe fondamental d’où les mathématiciens arabes purent élaborer l’algèbre.
Toutefois, comme cela arrive avec l’orthographe, il y a des exceptions. Cette belle règle opératoire ne fonctionne pas à tous les coups. Le ruban de Möbius en est un bon exemple. Si l’on coupe cet anneau tout du long, le résultat obtenu est singulier: une seule bande. Un anneau plutôt banal au demeurant, qui n’inspire aucun élan affectif. Une longue ganse aux deux faces redevenues bêtement séparées et qui se torsade à la manière d’un brin d’ADN d’être annelé.
Néanmoins, il s’agit d’une curiosité qui peut nourrir la réflexion de l’amateur d’infini car ce n’est pas fini. Coupé à nouveau tout du long, l’objet antérieur forme un ensemble de deux anneaux distincts mais enchevêtrés où chacun a une apparence hélicoïdale. Ce dernier trait permet d’avancer puisque le mouvement est synonyme de vie.
Ainsi se déroule cette boucle magique qui en comporte plusieurs en son sein. Coupée et recoupée, elle ne perd jamais son unité.
Comme quoi tout est dans tout. Ce formateur précepte, faut-il le rappeler, possède la particularité ahurissante d’être également vraie en sens inverse: paradoxe de l’ordre du sublime. Vérités syncrétiques pour l’astronome lunatique rivé à son télescope numérique et l’utilisateur excentrique d’un microscope électronique.
Deux considérations en vague forme de chiasme qui s’apparentent au concept des origines: l’œuf engendre la poule, ou bien est-ce le contraire ?
Martin GALGALLUS

samedi 6 mars 2010

Figure coupée

25 A bien y réfléchir...

La création nécessite un petit joint

Contrairement aux deux infinis inversés du ruban de Möbius, notre analogie (comme n’importe quelle autre d’ailleurs) a ses limites.
Va donc récidiver, l’objecteur de science (conscience ici ne s’appliquant pas, encore que l’apport syllabique initial complémentaire d’un pareil terme ne peut qu’aider à mieux identifier le sujet du royaume des recherches cognitives dont on parle). Sa réfutation pourrait se faire en ces termes: entre big-bang et big crunch, côté infini astronomique, on aurait ainsi une boucle, et côté microscopique, forcément, une seconde boucle. Résultat: les «bouts» seraient «collés» à deux endroits différents. Sachant que 180° plus 180° égalent un tour complet, [ricanement] votre ruban de Möbius craque.
Bien qu’elle soit d’une logique implacable, cette observation est discutable, alors discutons-en. Nos élucubrations nous permettent d’avancer que les boucles en question ne sont pas identiques. La preuve: aucun éléphant ne peut entrer dans un atome de porcelaine (et c’est heureux, imaginez les dégâts en cas d’affolement du pachyderme). D’autre part, si vous pesez l’éléphant à l’aide d’une grosse balance (sans dénonciation aucune), qu’il soit chargé ou non d’un atome de porcelaine, l’aiguille ne bouge pas.
En fois de quoi, toutes choses étant plus ou moins égales par ailleurs, dans cette ténébreuse affaire, seul l’infiniment petit est coupable: une torsion continue doit par conséquent environner la «jointure».
D’intrigants paradoxes, constatés à l’échelle quantique, en font foi. Tels ceux que recèle le postulat du père Noël. Ubiquité, seul argument plausible, en mesure d’élucider le phénomène d’une remise de cadeaux instantanée dans chaque fuseau horaire. Cubage restreint du véhicule (ou pire, capacité moindre d’une hotte) comparé à l’encombrement d’innombrables jouets sous empaquetage antichoc (en se basant sur un dénombrement moyen de 3 présents 1/4 par enfant, mômes désobéissants inclus). Livraison à une date fixe au minutage draconien (quelques secondes de battement). Traîneau volant sans ailes ou rotor. Et ces rennes qui s’affranchissent des règles pesantes de l’attraction terrestre pour cavaler dans l’azur nocturne, à quoi ils carburent au juste, on aimerait bien le savoir?
De sorte que même pour les plus fins experts, ces domaines renferment encore beaucoup d’étrangetés, pas toutes résolues jusqu’à aujourd’hui.
Martin GALGALLUS

samedi 27 février 2010

Figure bouclée

24 A bien y réfléchir...


Un point c’est tout

Celui qui est pris d’une irrépressible envie d’avoir un ruban de Möbius personnel (en fait, chacun d’entre nous, tôt ou tard) sait que sa fabrication implique une partie première : la jointure. Instant décisif où il ne faut oublier ni une torsion de 180° à l’un des bouts ni la colle. Sinon, une fois collé, vous méritez l’unique note identique à la forme élémentaire obtenue: zéro.
Si l’on admet que, grâce à Möbius, nos deux infinis contraires et universels ne forment qu’une seule étendue, où se trouvent les bouts collés demandera le scientifique douteur. Mais on pourrait tout aussi bien employer l’approprié synonyme du dernier terme, à savoir: douteux.
Entre parenthèse, voici la synthèse d’une hypothèse de thèse sans métathèse.
Le big-bang engendreur d’un univers boumant a besoin de sa contrepartie, que certains appellent «big crunch». Faute de quoi, il manque l’essentiel: la possibilité d’une dimension concevable de démarrage.
Autrement, à quel niveau infime commencerait le big-bang, sachant que ce départ à lieu forcément «quelque part» au cours de l’infiniment petit? Où placer la butée du curseur?
Un problème qui peut en poser un même à Dieu: une vraie colle. Car «avant» l’instant du démarrage cosmique, cette «dimension» serait trop petite: d’une insignifiance piteuse, presque risible.
Sans compter qu’à une échelle pareille, cela peut vite devenir catastrophique. Au lieu du point de départ attendu: pfft! rien du tout. Rien que du rien, et pas autre chose.
Outre qu’un truc si petit peut s’égarer facilement, glisser entre les doigts divins, se perdre Lucifer sait où: même pas le diamètre d’un grain de poussière, d’un atome, d’un quark… Bref, pas bésef!
Et parlons-en car c’est important, une perte aux conséquences tragiques: pas de planète bleue et pas d’hommes pour la polluer. Quel gâchis (potentiel) c’eut été! Par bonheur, l’immodérément infinitésimal cordon a pris: nous offrant l’opportunité de polluer entièrement la terre. Donc tout va bien!
Alors revenons à notre interrogation récurrente. Quand l’espace (ici on n’a pas le temps de parler de lui) apparut, il avait quelle taille précise l’étonnant détonant (dans la mesure où Dieu, seul témoin irrécusable, tendit l’oreille) point génésiaque?
L’aboutissement consécutif au big crunch (pour s’épargner l’emploi de «terme», à connotation irrévocable et pathétique) résout élégamment l’énigme en question. D’une part, il autorise l’union des «bouts à coller», d’autre part, il règle automatiquement la valeur du point de départ recherchée. Celle-ci se situant très exactement à la seule position médiane en mesure de réunir les deux infinis. Tel le tour de taille d’une star, ni excessif ni insuffisant: parfait!
Martin GALGALLUS

samedi 20 février 2010

Figure ronde

23 A bien y réfléchir...

La solution de continuité est renversante

Reprenez une petite portion de noix: la suite réclame encore un peu d’attention. Après, vous pourrez vous détendre avec l’assemblage des 5000,25 pièces de votre puzzle représentant la voûte céleste.
Les décimales (0,25) ont leur raison d’être. D’une façon mathématisée, elles indiquent la présence de quelques pièces superfétatoires (pas des doubles) étudiées avec un soin extrême afin d’égarer le joueur. Autrement la partie serait trop simple et risquerait de s’achever en un temps ridiculement court.
Tout savant d’envergure a une fonction essentielle. Doué d’une précision d’horloger maniaque d’exactitude, d’un souci du détail scrupuleux de métreur assermenté, d’une rigueur fervente d’investigateur passionné par le décryptage des mécanismes de l’univers, ses efforts constants le portent à démontrer avec acharnement l’impossibilité de la moindre nouvelle proposition scientifique – surtout celle d’un collègue de promotion. Bien sûr, dans le but d’élever toujours plus haut les nobles valeurs d’une science idéale, exonérée d’erreurs. Un tel zélateur de l’épistémè ne pourrait s’empêcher d’objecter. Si le huit couché forme une ligne unique, sans contact à l’intersection, et que chaque boucle relève de l’infiniment grand pour l’une et l’infiniment petit pour l’autre [rire], cette belle théorie s’écroule d’elle-même! Comment ces deux infinis se raccorderaient-ils? Chihuahua et saint-bernard, nucléon et supergéante rouge, hypocondriaque et bilieux, blablabla…
Critique judicieuse, mais ce serait trop vite oublier l’attachant Möbius et sa bande au complet. Que nous dévoile l’anneau retournant de l’astronome? Chaque endroit du ruban à son envers, et pourtant sa superficie est partout la même, sans interruption: quelque chose d’unique!
S’inspirant de cet exemple singulier, on pourrait admettre que les deux infinis si opposés qui circonscrivent notre monde à chaque instant ne forment en réalité qu’une seule et même étendue. Où l’on voit une nouvelle fois que Dieu serait peu prodigue de Ses prodiges. Chapeau l’artiste!
Existe-t-il une meilleure façon de procéder? L’habileté souveraine en littérature – donc en tout – c’est d’obtenir le maximum d’effet à l’aide d’un minimum de moyens. N’importe quel humain créateur de n’importe quoi pourra donc gracieusement louer Sa performance.
Martin GALGALLUS