Tout le monde a besoin de ronds
Notre fameux «big-bang» et son pendant, le «big crunch» seraient donc les deux faces d’un même événement explosif. Le premier fut si marquant qu’on en parle encore aujourd’hui, alors qu’il date de plusieurs milliards d’années. A côté, s’agissant des histoires de primates plus ou moins dégrossis qui nous tracassent d’ordinaire, on sent la petitesse. Même nos gravissimes problèmes actuels seront sans doute oubliés dans quelques millions d’années.
Par exemple, cette impossibilité prévisible, sur la planète entière, d’alimenter en suffisance, d’ici seulement quelques décennies — par conséquent à très court terme au regard des temps géologiques —, avec le liquide terrestre essentiel ou n’importe quelle forme d’énergie permettant au corps humain de se mouvoir afin d’exister, nos véhicules motorisés.
Bien que détonant, le phénomène du «big crunch» n’a rien d’étonnant. Dans certains domaines, on retrouve ce genre d’antipode. Pensons à la matière et l’antimatière, la particule et l’antiparticule, l’atome et l’antiatome, le moine et l’antimoine… Sans négliger pour autant, le temps et le contretemps (qui semble induire les invraisemblances facétieuses de la mécanique quantique).
Cet aspect «double» des choses n’est donc pas unique. On l’observe même chez les buveurs de scotch, après leurs nombreuses commandes utilisant ce terme, et qui voient ainsi.
Ajoutons aussi l’éminent corollaire découvert par les savants grecs de l’antiquité, qui proclame: toute chose coupée entièrement forme deux morceaux. Avancée décisive de la connaissance : axe fondamental d’où les mathématiciens arabes purent élaborer l’algèbre.
Toutefois, comme cela arrive avec l’orthographe, il y a des exceptions. Cette belle règle opératoire ne fonctionne pas à tous les coups. Le ruban de Möbius en est un bon exemple. Si l’on coupe cet anneau tout du long, le résultat obtenu est singulier: une seule bande. Un anneau plutôt banal au demeurant, qui n’inspire aucun élan affectif. Une longue ganse aux deux faces redevenues bêtement séparées et qui se torsade à la manière d’un brin d’ADN d’être annelé.
Néanmoins, il s’agit d’une curiosité qui peut nourrir la réflexion de l’amateur d’infini car ce n’est pas fini. Coupé à nouveau tout du long, l’objet antérieur forme un ensemble de deux anneaux distincts mais enchevêtrés où chacun a une apparence hélicoïdale. Ce dernier trait permet d’avancer puisque le mouvement est synonyme de vie.
Ainsi se déroule cette boucle magique qui en comporte plusieurs en son sein. Coupée et recoupée, elle ne perd jamais son unité.
Comme quoi tout est dans tout. Ce formateur précepte, faut-il le rappeler, possède la particularité ahurissante d’être également vraie en sens inverse: paradoxe de l’ordre du sublime. Vérités syncrétiques pour l’astronome lunatique rivé à son télescope numérique et l’utilisateur excentrique d’un microscope électronique.
Deux considérations en vague forme de chiasme qui s’apparentent au concept des origines: l’œuf engendre la poule, ou bien est-ce le contraire ?
Martin GALGALLUS
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