samedi 2 janvier 2010

Raison épidermique

16 A bien y réfléchir...

L'humanité nous en fait voir de toutes les couleurs

La coloration «peau d’Arabe» est très recherchée par l’homme blanc. En effet, l’heureux porteur d’une telle nuance possède l’indéniable avantage de pouvoir se pavaner autour du bipède resté pâlot, l’air dédaigneux, tels ces oiseaux danseurs au plumage orgueilleux – les rectrices frémissantes. L’assourdissant discours sous-entendu d’un tel paradeur est à l’évidence on ne peut plus explicite: Toi, t’as pas les moyens d’aller hâler au soleil des rivages exotiques ou sur une piste enneigée. Hou ! que t’es vilain!
De sorte que tous les blancs ne sont pas aussi blancs qu’ils le prétendent. Cela entraîne, du reste, une question qui demanderait un éclaircissement: à quelle nuance précise s’arrête le blanc – exactement? Autrement dit, quand l’homme blanchâtre cesse-t-il d’être blanc? Pour devenir autre chose, mais alors quoi?
Sans conteste, les noirs ne présentent pas un épiderme d’une noirceur absolue. Il existe chez eux une large variété de nuances foncées. Pourquoi, en sens inverse, n’en va-t-il de même avec l’homme blanc ? Que l’on sache, arabe n’est pas une couleur, ni iranien, ni indien... Pourquoi donc tous ces blancs d’apparence ne sont-ils pas estampillés blancs authentiques? Alors que, parmi eux, beaucoup sont moins sombres que certains «vrais» blancs grillés aux rayons dorant des riches. Cette interrogation a de quoi obscurcir l’esprit.
Par ailleurs, quand un blanc bien blanc se cuit au soleil, l’écueil restera toujours pour lui les traces du maillot – disgracieuses. La tribu des nudistes, qui ont résolu depuis longtemps ce problème épineux, nomment les personnes soucieuses de conserver un minimum de tissu: «fesses blanches». Evidemment, tout le monde souhaite échapper à ces marques peu seyantes – pour les moments de stricte intimité, cela va sans dire. C’est pourquoi, à l’abri des regards indiscrets, certains fignoleurs exposent la totalité de leur épiderme aux rayons colorants. Ce faisant, s’ils sont très impatients, le risque est grand qu’un coup de soleil touchant leurs parties blafardes empourpre celles-ci à outrance. Le peuple, dans son langage cru, pourrait alors appeler ces perfectionnistes trop rissolés, à juste titre: «culs rouges». Tels nos cousins simiesques exhibant, sans pruderie maladive, leur postérieur rubicond. Ce en quoi ils ont bien raison puisque cette pigmentation est autrement plus louable que celle des humains – tout à fait somptueuse. De quoi inspirer un peintre en mal de sujet vivement coloré.
Martin GALGALLUS

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