Le plus grand des philosophes est américain
Rien ne pouvait laisser prévoir le destin inouï de ce maître philosophe quand on connaît son origine géographique lourdement handicapante (la nation des mixtures culinaires impardonnables). Evidemment, tout le monde ne peut pas être issu d’un sol où naquirent les premiers nectars vinaires à bulles prévus pour célébrer nos événements marquants ou bien ce fleuron d’une haute technologie qu’est la pince à escargot. Malgré son sort contraire, cet esprit supérieur, vivant – on ne le soulignera jamais assez – parmi d’authentiques sauvages dans l’art de vivre, parvint à offrir au monde le fruit splendide de sa concentration intellectuelle. Après une telle description, bien sûr, chacun aura reconnu le nom de ce brillant penseur qui n’est autre que Gene Roddenberry.
Au milieu du siècle dernier, ce géant des investigations cognitives prodiguait ses cours exotériques sous forme de séries télévisées. Procédé judicieux pour dispenser la sagesse, très innovant à l’époque. Il permettait d’atteindre en peu de temps une infinité de disciples.
Les travaux essentiels de Gene Roddenberry portent le nom de Star Trek: pour marquer vraisemblablement l’espace incommensurable où peut s’ébattre une pensée libre de toute entrave.
Abordons maintenant la substance de son œuvre, laquelle n’a pas d’équivalent. Sans doute, Platon, avec sa caverne, propose-t-il un éclairage intéressant sur la condition humaine. Mais cela manque de clarté. Heureusement, plus de 2000 ans plus tard, notre puissant penseur apporta sa contribution au savoir universel, et quelle contribution. Gene Roddenberry réinterprète l’allégorie bien connue où joue un rôle important une simple grotte préhistorique destinée aux Hellènes ignorant tout du confort cérébral (pourtant si indispensable à nos contemporains, comme le mobile multifonctions ou les slips antibactériens).
On le comprend bien, en ce temps-là, compte tenu du public antique, on ne pouvait guère espérer mieux quant au chez-soi réflexif. Ces circonstances caduques engendraient un carcan mental dont se libère hardiment notre méditatif d’outre-atlantique qui remplace le trou à rat de l’Athénien par une cavité ultraperfectionnée: sorte d’antre futuriste nommé «holodeck». Son concept majeur.
Pour les ilotes, rappelons ce qu’est le holodeck. Il s’agit d’un immense local vide qui se programme à la manière des jeux vidéo. On y fait apparaître n’importe quel environnement minéral, végétal, animal, accompagné de tous les objets et personnes imaginables. Après quoi, l’individu pénètre dans ce milieu pseudo-virtuel où tout est bel et bien tangible, aussi crédible que l’univers «normal». Sur le plan inspirateur, c’est quand même autre chose que l’indigent repaire du Grec. Entre les deux métaphores, il n’y a pas photo!
Cette idée avant-gardiste permet de susciter des réflexions inspirantes parfaitement adaptées à l’homme moderne, dont la suivante. Admettons l’existence d’une personne plongée à son insu dans le holodeck. Comment celle-ci pourrait-elle percevoir la vraie réalité?
Seul moyen pour connaître (ou retrouver) l’ultime réalité: découvrir la porte cachée derrière le faux décor si croyable.
Réalité suprême tant recherchée par Platon, dont ce dernier n’a cependant jamais indiqué la manière exacte de l’éprouver, dans le sens concret où l’on met la main sur sa clé égarée. Peut-on être plus clair?
Donc, pour nous autres mortels, tout ne serait que leurres: une réalité artificielle.
Un collègue de Gene Roddenberry, lui aussi professeur en sapience par voies audiovisuelles, le confirme à sa façon avec son célèbre précepte philosophique: « la vérité est ailleurs ».
Un collègue de Gene Roddenberry, lui aussi professeur en sapience par voies audiovisuelles, le confirme à sa façon avec son célèbre précepte philosophique: « la vérité est ailleurs ».
Martin GALGALLUS
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