3 A bien y réfléchir...
Les objets ne peuvent qu'être sexués
Nous autres, Français, savons tous qu’un tabouret possède des testicules, et une table, un vagin. Quand on quitte la cuisine, le soir, une fois l’électricité coupée, sait-on vraiment ce qui se passe, toute la nuit, dans cette pièce ? Quelquefois, on entend le bois qui craque. Cela devrait nous mettre la puce à l’oreille.
Les Français d’aujourd’hui n’imaginent pas le travail incroyable, démesuré qu’il fallut fournir au cours des temps défunts, siècle après siècle, pour attribuer aux objets un sexe (et le bon). A chaque chose, sans exception, il fut nécessaire d’indiquer la nature exacte de son entrecuisse. Y compris aux termes abstraits : mission encore plus ardue. Et il convenait (il convient d’ailleurs toujours) de ne commettre aucune erreur. La moindre faute serait effroyable pour la libido des objets : mettons-nous à leur place. Mais de courageux aréopages se sont toujours activés, se réunissant à toutes les époques (qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige) afin de convoquer individuellement, pour examen consciencieux, chaque nom – même les étrangers. De nos jours encore, tout jeune mot doit y passer. Alors l’identique cérémonial d’intronisation recommence. Les doctes savants répètent la formule rituelle : baisse ta culotte ! Et il n’y a pas de pruderie à invoquer. Le savant impérativement doit savoir. Pour cela, il n’existe qu’un seul moyen : tomber le froc.
Martin GALGALLUS
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