samedi 26 décembre 2009

Français imagé

15 A bien y réfléchir...

Seul notre emblème national aviaire nous inculque l’humour de la patrie

«Les Français ont de l’humour» est une assertion impossible à faire croire aux étrangers. Ceux qui nous connaissent bien sont évidemment convaincus de notre déficience (atavique?) dans l’aptitude subtile qui consiste à sourire plutôt que rire des choses. Les autres doivent forcément le subodorer. Tant d’indices montrent notre insensibilité aux badineries égratignant le sujet que nul n’aurait l’idée biscornue d’en douter.
Selon l’expertise prussienne, l’humour est le synonyme exact d’humilité amusante. Pour qui, pour quoi, certaines créatures théoriquement pensantes s’adonnent-elles à des exercices dévalorisants? Ces spécialistes du concept humoristique n’en savent toujours rien. Raison pour laquelle ils poursuivent, encore aujourd’hui, leurs recherches.
A l’encontre des daubeurs du monde extérieur, nous estimons toutefois disposer d’une preuve (une seule, pas davantage [après étude exhaustive]) qui attesterait la pertinence de l’affirmation introductive. Notre démonstration s’appuie sur la science armoriale. A partir des faits irréfutables qu’elle enseigne, il suffit de comparer les emblèmes dont diverses nations se parent, à poils ou à plumes.
Aigle: regard pénétrant. Port altier. Toise le monde d’une hauteur que nul autre n’atteint. Son bicéphalisme indique une cervelle multipliée par deux (énorme supériorité, comme porter ensemble une ceinture et des bretelles). Sa tête blanche signifie que le grand âge lui confère beaucoup de sagesse, mais l’expose au gâtisme.
Lion: de sang royal. Ses rugissements paniquent les plus intrépides. Son imposante chevelure d’artiste signifie qu’il est inspiré par les muses de l’Olympe. Tout particulièrement, une jeune nouvelle qui cumule deux compétences: le dessin au pochoir et la gestion sociétale.
Ours: sa force colossale impose le respect. Ses talents d’équilibriste sur une boule mobile signifient que rien ne peut le déstabiliser, à part les boissons d’alambic. Il est alors noir. Mais si sa face blanche s’orne de larges cernes noirs, il est alors jaune.
Tigre: sa puissance invincible se prolonge d’une détente fatale. L’alternance de rayures claires et sombres signifie une adaptation parfaite aussi bien aux heures diurnes que nocturnes. Ses taches indélébiles lui permettent en outre de bouffer comme un sagouin, sans devoir nouer une serviette autour du cou.
Ni beau ni gros ni grand ni gras, pas davantage noble, cérébral, redoutable.., le coq – emblème de la France – ne peut revendiquer aucune des formidables prérogatives énumérées plus haut. Le seul domaine d’excellence où il surpasse tout le monde, et de loin, concerne les joutes sexuelles. Sur ce terrain, il est imbattable. Une qualité qui coïncide parfaitement avec notre zèle pointilleux à pourvoir d’un sexe chaque objet. Le choix des Français se portant sur ce petit volatile obsédé ne peut donc que dénoter un vraisemblable brin d’humour: on ne voit guère d’autre explication.
Martin GALGALLUS

dimanche 20 décembre 2009

Français visionnaire

14 A bien y réfléchir...

Les bons mots d'une orthographe amendée éviteraient beaucoup de gros maux

Quand la majorité des Français seront incapables d’écrire un seul mot sans massacrer son orthographe, le pays entier sera mûr pour remettre les pendules à l’heure. Les lobbies d’attardés défendant une orthographe figée, capricieuse et imprévisible, ne pourront plus s’y opposer. La simplification coulera de source. Que cette rénovation soit faite intelligemment n’est même pas à exclure.
Tout est une affaire d’habitudes. L’homme trouve beau et acceptable ce qu’on lui a enseigné dès son enfance, ce qu’il a par conséquent toujours vu. Difficile ensuite de renoncer à la routine. Mais quoi qu’on en pense, les Français, grands collectionneurs d’aberrations linguistiques, peuvent fort bien s’adapter à des règles orthographiques et syntaxiques sensées. Ils ne sont pas aussi indécrottables que certains de nos compatriotes le croient. S’affranchir des systèmes fumeux ne leur causerait aucune peine: bye-bye âneries! Et sans regret!
Les germes de la pure logique doivent féconder tous les secteurs, y compris le langage, lequel n’est après tout qu’un outil. Et quel outil, dont on use à chaque instant: hormis les anachorètes. Encore que ces derniers en aient tout autant besoin pour entretenir leur discours intérieur.
Si l’utilisation d’un tel outil exige des efforts insensés, qui en font oublier ce à quoi il est destiné, c’est que les choses ne tournent pas rond. Bien sûr, la roue carrée a son charme, mais elle roule nettement moins bien qu’une ronde.
Martin GALGALLUS

dimanche 13 décembre 2009

Français dépassé

13 A bien y réfléchir...

Une langue tarabiscotée produit des mal embouchés

Français dur, à simplifier. Français dur à simplifier. Inutile de préciser que le sens des deux propositions change selon qu’il y ait virgule ou non.
La réforme de l’orthographe, sous peu, ne sera plus un problème. Grâce aux génies réunis de la séméiologie, de la philologie et de la sémantique appliqués sans modération à l’école, tout s’arrange. A l’aide de leurs innovations si peu « intuitives », les abstractions dérivant de ces disciplines ont rendu la transmission du français indéchiffrable. La cause de cette déliquescence étant due en particulier à la séméiologie: redoutable. Science amphigourique dont les sectateurs ont le pouvoir insidieux d’intimider les profanes, rabattant le caquet de presque tout le monde. Excellente méthode surtout destinée à clouer le bec des parents d’élèves, ces trouble-fête qui, sans cela, pourraient avoir la bassesse d’empiéter sur les prérogatives sacrées du monde professoral en se permettant de fournir une aide scolaire à leurs enfants.
Enseignement du français « clarifié » au moyen d’expressions jargonnantes qui parviennent à obscurcir pleinement la compréhension des règles les moins déraisonnables. Les autres, n’en parlons pas.
Autrefois, nous étions seulement traumatisés par les dictées dans laquelle sévissaient une orthographe absconse et des règles grammaticales abstruses. Le reste était intelligible. Donc pas de quoi fouetter un cancre. Aujourd’hui, il convient de déjà posséder une maîtrise pour décoder le moindre manuel d’un cours élémentaire.
De sorte que, d’année en année, l’élève moyen perd davantage la capacité d’orthographier correctement plus de trois mots. Et encore! Pendant que le nombre de fautes augmente, le niveau baisse. Résultat indéniable (sinon positif) dépassant toutes les espérances. Cela pourrait faire en outre l’objet d’un problème arithmétique novateur.
Martin GALGALLUS

dimanche 6 décembre 2009

Français pesant

12 A bien y réfléchir...

Une langue chargée entraîne toujours des complications

Pas le temps de reposer ses méninges quand on veut parler un français scrupuleux d’honnête homme. Lequel oblige à jongler avec les sexes des choses, sans oublier de faire concorder leurs termes unis par les liens sacrés du magistère syntaxique. Certains compatriotes peu disposés à l’effort soutenu en arrivent à se demander si la pratique du chinois ne serait pas plus aisée. Voire l’hébreu.
Concernant la langue chinoise, autant y renoncer tout de suite. Ce langage est hors d’atteinte des Français car il nécessite de savoir chanter juste (au moins 4 notes). Si l’on veut entendre le maximum de fausses notes en un très court délai, il suffit d’écouter quelques concitoyens chantant l’hymne national. Nous sommes même en mesure de produire des notes si erronées que les meilleurs critiques musicaux pourraient croire la chose a priori infaisable. Toutefois, comme l’affirme le dicton: impossible n’est pas français. D’où nos prouesses.
L’hébreu, pour une autre raison, n’est guère plus envisageable. La grande histoire l’indique, les locuteurs de cette langue d’échange avec le seul dieu qui soit absolument unique (bref, Dieu) sont trop souvent invités à tenir un rôle de bouc émissaire. Cela ne peut que refroidir les inconditionnels d’un art de vivre raffiné, qui désapprouvent au plus haut point les persécutions, surtout dirigées contre leur personne.
Martin GALGALLUS

samedi 28 novembre 2009

Paradoxal anglais

11 A bien y réfléchir...

Sont allés sur la lune des sauvages

Les anglophones s’expriment comme des arriérés, des incultes, des béotiens. Nous le savons, ils ne respectent aucunement la nature sexuelle des mots désignant les objets. Par exemple, ces barbares diront (traduit dans notre belle langue si implacablement logique): «je m’assois sur tabouret devant table pour vider contenu de bouteille dans verre». Les abrutis! Même un bambin français peu éveillé ne parle pas d’une manière aussi fruste.
Pourtant ces ahuris, usant d’une langue si rudimentaire, ont été capable de déposer un être humain sur notre boule sélènite? Cela dépasse l’entendement. Comment ont-ils pu y parvenir sans pourvoir d’une vulve la fusée et de testicules le LEM? Impensable! Pauvre fusée, pauvre LEM. Des objets sans foufounette ni roubignoles… Et ça ose se dire scientifique.
Martin GALGALLUS

dimanche 22 novembre 2009

Allemand dénaturé

10 A bien y réfléchir...

La reproduction de certains objets s’avère parfois impossible

Le comportement des Allemands est autrement pire que celui des Anglais. A l’inverse de ces derniers, abusés par leur âme candide, les Allemands sont parfaitement au courant. Ils savent fort bien que les objets sont filles ou garçons. D’ailleurs ils traitent une partie de ceux-ci comme on le ferait avec un monsieur ou une madame. Jusque-là, rien de répréhensible. Bien au contraire, c’est même tout à leur honneur. Toutefois, pour certains objets, ce qu’ils font est terrible! Ils emploient le «neutre». Opération consistant à priver certaines malheureuses choses de leur sexualité. Car ne mâchons pas les mots: ce terme «neutre», sur le plan concret, signifie que l’objet ainsi désigné a perdu son sexe. Quel procédé atroce! Surtout aux yeux des Français qui savent que tous les objets (et non pas seulement quelques-uns) doivent bénéficier d’une sexualisation pleine et entière. Sans prendre de gants et à tour de bras, les brutes teutonnes émasculent, châtrent, vasectomisent, excisent, ovariectomisent, coupent tout ce qui dépasse, tranchent dans le lard une partie capitale de la bête… Cela ne peut que heurter la sensibilité des Français. Comment peut-on tolérer une chose pareille, en Europe, à l’heure actuelle? Que font les ligues garantissant la préservation de l’intégrité sexuelle? C’est abominable! Une véritable honte!
Martin GALGALLUS

dimanche 15 novembre 2009

Débutant anglais

9 A bien y réfléchir...

La nature des objets flottants coule de source

Les anglophones n’accordent d’attribut sexuel qu’à un seul objet : le bateau. C’est déjà un début, excellent au demeurant, propre à frapper les esprits. Un bon point pour eux. Finalement, ils ne sont peut-être pas aussi déraisonnables qu’on pourrait le penser de prime abord, encore doivent-ils prolonger leur effort. Si ces ingénus ont réussi à saisir le principe général de notre système, rien ne les empêche d’aller plus loin sur la voie du bon sens, en attribuant à tous leurs objets le sexe approprié.
Reste un problème embarrassant. Pour une raison inexplicable (comment fonctionnent les cervelles anglo-saxonnes? Mystère!), le sexe dont ces irrépressibles buveurs de thé affublent leur navire est féminin. Effarant! Un bateau, une gonzesse: n’importe quoi! Soyons sérieux, dès leur plus jeune âge, tous nos compatriotes savent que les navires sont des mâles. On ne peut que rire de cette méprise grossière, et à bon droit.
Ainsi, dans un bassin de radoub, aucun Anglais n’aurait remarqué certaines parties saillantes, sous chaque poupe ? Imaginez la taille des testicules d’un porte-avion ou d’un cuirassier. Non! les Anglais n’ont rien vu. Ils ne se sont aperçus de rien. Quels empotés ! Réflexion faite, concernant ces théières ambulantes, a-t-on vraiment affaire à des créatures douées de raison?
Martin GALGALLUS